Le truculent philosophe l'affirme : le bon précède le bien ! Il nous invite à suivre un vrai régime de saveurs et à célébrer les nourritures terrestres.
Dans son ouvrage savoureux L'Art des vivres (1), Valentin Husson transforme la célèbre maxime des Lumières « Ose penser » en « Ose savourer ». Pour lui, la connaissance est indissociable de la sensation, de l'art culinaire, qui se révèle être un art de vivre. Comment envisager une vie épanouie sans la satisfaction des papilles ? À travers un essai à la fois joyeux et engageant, le philosophe allie éthique, esthétique, gastronomie et réflexions écologiques pour défendre le « bon vivant », celui qui goûte là où vivre prend tout son sens.
Tradition et Sensualité
Votre vision de la cuisine est davantage valorisée que celle de la philosophie, pourquoi ?
Valentin Husson. – J’avance que la cuisine, tout comme la littérature, a ses fondements dans notre humanité. Les anthropologues montrent que la parole elle-même a émergé autour du feu, avec la cuisson. Ainsi, la cuisine est la véritable matrice de notre existence sociale et intellectuelle, une idée déjà soutenue par Rousseau dans son Essai sur l'origine des langues. En somme, la sensualité précède l’écrit et la philosophie, qui ne vient qu’ensuite.
Gastrodiplomatie et enjeux écologiques
La cuisine a-t-elle un rôle dans la diplomatie moderne ?
Effectivement, la gastrodiplomatie, un concept popularisé par la France, illustre comment la gastronomie peut ouvrir des portes. Louis XVIII, en envoyant Talleyrand aux négociations après les guerres napoléoniennes, a compris que bien manger pouvait assouplir les relations internationales. Des soirées où la discussion politique est absente peuvent mener à des accords fructueux, comme ce fut le cas lors des pourparlers sur le nucléaire iranien en 2015.
Quels enjeux environnementaux se cachent derrière nos choix culinaires ?
Dans notre époque actuelle, penser cuisine sans conscience écologique est devenu impossible. De nombreux chefs adaptent leurs savoir-faire en respectant les rythmes saisonniers et en privilégiant les circuits courts. Je ne prône pas le véganisme absolu, mais il est essentiel de repenser notre consommation de viande face à l’impact environnemental de l’élevage intensif. La richesse de notre alimentation humaine doit évoluer vers une meilleure harmonie avec la nature.
"Les chefs captent dans leurs assiettes quelque chose du zeitgeist, de l'esprit du temps"
Le mouvement #pornfood témoigne-t-il d’une quête hédoniste ?
Oui, ce hashtag souligne la sensualité de notre rapport à la nourriture. Il nous renvoie vers notre besoin de plaisir face à une morale diététique parfois pesante. Pourquoi ne pas célébrer les délices réconfortants où la cuisine riche trouve encore sa place ? Ce mouvement prône la jouissance gustative, loin des restrictions.
Adoptez-vous l'idée de "diéthétique" pour une vie savoureuse ?
Je partage l'idée que notre relation à l'alimentation dévoile notre rapport à l'existence. Le bon vivant navigue entre plaisir et modération, révélant que la joie des sens est aussi essentielle que les préoccupations morales. La vie bonne est en effet une vie savoureuse, où le moral rejoint le plaisir.
(1) L'Art des vivres. Une philosophie du goût, de Valentin Husson, Éditions PUF, 208 p., 13 €.







