Yuka, Open Food Facts, Y'a quoi dedans… Les applications qui déchiffrent nos denrées alimentaires bousculent nos habitudes de consommation. Mais peut-on s’y fier les yeux fermés ? Décryptage avec quatre professionnels du milieu.
Faire ses courses avec un smartphone pour naviguer à travers les étiquettes alimentaires est devenu courant, tant la méfiance face aux scandales sanitaires a pris le dessus. De la vache folle aux œufs contaminés, les consommateurs se montrent vigilants, d'autant plus face à un manque de transparence des industriels de l’agroalimentaire. En effet, déchiffrer des additifs comme E230 ou E441 est une tâche ardue pour le consommateur lambda.
Récemment, les téléchargements d'applications comme Yuka et Open Food Facts ont explosé. Yuka, lancée en 2016, compte 7 millions d’utilisateurs, tandis qu'Open Food Facts atteint presque 1 million. En septembre, Système U a à son tour lancé Y'à quoi dedans ?. Toutefois, un problème demeure : les avis divergent entre ces applications. Certaines interdisent des additifs dangereux, tandis que d'autres les autorisent, engendrant une confusion chez le consommateur.
Disparités dans les évaluations
Les différences d'interprétation entre les applications se cristallisent sur des produits phares. Par exemple, Yuka note le jambon Le Supérieur U comme "médiocre" à cause de sa teneur en nitrite de sodium, considéré comme potentiellement cancérigène par des organismes de santé. À l'inverse, Y'à quoi dedans ne mentionne pas cet aspect controversé. Selon Stéphane Gigandet, fondateur d'Open Food Facts, ces différences sont troublantes, surtout lorsque les deux applications utilisent ses données.
Thierry Desouches, responsable chez Système U, explique que certains additifs, bien que débattus, ne figurent pas dans des listes officielles de substances à éviter. Yuka, de son côté, privilégie un "principe de précaution" pour protéger les consommateurs, tandis que d'autres, comme Thierry, préfèrent s'abstenir de jugements imposés sur des aliments.
Critiques et remises en question
Malgré son succès, Yuka est critiquée pour sa tendance à dévaloriser des aliments riches en lipides ou glucides, comme le beurre ou le fromage, qui en petites quantités peuvent être sains. Cela soulève la question de la pertinence de certaines notations. Julie Chapon de Yuka reconnait ces failles et affirme que des améliorations sont en cours pour mieux refléter la réalité nutritionnelle.
Système U, de son côté, projette d’étoffer ses données pour gagner en transparence. Les deux applications promettent de compte rendu sur leurs évolutions dans quelques mois, une aventure à suivre de près.
(1) Et maintenant on mange quoi ? par Christophe Brusset, Éditions Flammarion, 304 pages, 19 €.







