Plein la truffe !
Les guides pourraient bien être perplexes face à ce restaurant discret, niché en contrebas de la nationale 7. Avec ses cinq chambres à l'étage et un parking ombragé par de vieux platanes, la Beaugravière passe presque inaperçue, seule une enseigne clignotante illumine la noirceur de cette nuit de janvier. Le chef, Guy Julien, ne parle guère de sa cuisine, se contentant d’un rire désinvolte et d’un « Je ne sais plus rien ». Dans cet endroit, qui ressemble à un repaire de pirates modernes, se cachent des saveurs authentiques et une candeur réjouissante.
Dans la vaste salle baignée d'une lumière artificielle des années 70, les premiers convives font leur entrée. Sont-ils conscients que, sous leurs pieds, se trouve l'une des plus magnifiques collections de côtes-du-rhône ? Le simple fait de déboucher les bouteilles pourrait suffire à électriser des milliers de cyclistes. La passion de Guy Julien pour la truffe est palpable, mais pas celle que l'on trouve à Paris, raffinée et formatée : ici, la truffe est présentée dans toute sa splendeur, à savourer sans artifice. Il est donc impératif de faire un détour par la Beaugravière.
Que choisir entre le menu à 110€ (truffé) et celui à 168€ (à la truffe) ? Un dilemme compliqué, surtout après que la grève des trains nous a contraints à rester chez Guy Julien. Ce dernier nous a offert une divine assiette de légumes du moment agrémentés de truffe noire écrasée (68€), une œuvre culinaire digne d’un trois étoiles, suivie de coquilles saint-jacques ornées de truffes et d’un velouté aux truffes (68€). Chaque bouchée était délicieuse, jusqu'à ce qu'un coup de sifflet nous rappelle à la réalité : notre train nous attendait. En fin de compte, pas de dessert, pas de fromage, et peu de vin (mais un château-neuf-du-pape exquis). Parfois, dans un restaurant, il suffit de saisir l'instant sans traîner. À vous de jouer maintenant.
La Beaugravière : 04 90 40 82 54







